Radio J Radio J

The Great Shift in Screen Time / The Exodus from Social Networks

2026-02-11 4:38

S06E17 – Radio J – Chronique Tech

2025 : La Grande Bascule du temps d’écran - L’exode des réseaux sociaux


INTRODUCTION


Ilana

Stéphane,. On entend dire que les réseaux sociaux sont en perte de vitesse. Est-ce que les chiffres 2025 confirment vraiment cette tendance ?


Stéphane

Oui, et de façon spectaculaire. Les signaux étaient déjà là en 2024, mais 2025 n’est pas une simple année de ralentissement, c’est l’année d’une véritable rupture, d’un point de bascule civilisationnel dans nos usages numériques.


D’après les dernières consolidations internationales, le temps moyen quotidien passé sur les réseaux sociaux traditionnels chute de 6 à 8 % en 2025 dans les pays occidentaux. Mais le chiffre le plus marquant concerne les 16–24 ans, le cœur de cible historique : la chute atteint près de 15 % sur trois ans cumulés. C’est du jamais-vu depuis l’avènement des plateformes sociales.


Ce n’est pas un simple transfert d’attention, c’est un recul structurel et profond.


Ilana

Quels sont les réseaux les plus touchés aujourd’hui ?


Stéphane

Le cas le plus emblématique reste Facebook. En 2025, moins de 25 % des moins de 25 ans s’y connectent encore chaque jour contre 70% il y a encore 5 ans. La plateforme est devenue une sorte de musée numérique, un patrimoine générationnel où l’on garde un compte par habitude, mais où l’activité réelle s’est effondrée. Facebook risque de devenir une sorte de grenier du web social


Instagram, longtemps perçu comme plus dynamique, résiste mieux mais plafonne dangereusement. Le nombre d’utilisateurs actifs stagne, tandis que le temps moyen par utilisateur recule d’environ 5 % en un an. L’engagement s’érode.


Même le géant TikTok, que l’on croyait invincible, voit sa croissance occidentale tomber sous les 2 % en 2025. Plus inquiétant pour eux, on observe un décrochage net chez les 18–24 ans, lassés par la répétitivité des contenus et la pression de l’algorithme.


YouTube est un cas à part. La plateforme non seulement résiste, mais elle se renforce. On ne va pas sur YouTube pour "scroller" sans fin, mais pour chercher une compétence, suivre un tutoriel, regarder un documentaire, ou suivre des créateurs sur des formats longs. C'est une plateforme de destination, pas de passage. Le temps passé y est perçu comme plus qualitatif, plus enrichissant, ce qui la protège de la lassitude qui frappe les autres réseaux.


Ilana

Pourtant, on n’a jamais été aussi collés à nos smartphones…


Stéphane

Eh oui c’est là que le paradigme change. Le temps d’écran global, lui, ne baisse pas. Il explose. Mais il se déplace vers des territoires plus intimes et plus utiles.


La première bascule majeure : les messageries privées et sécurisées.


En 2025, plus de 3 milliards de personnes utilisent WhatsApp chaque mois. En Europe, plus de 80 % des utilisateurs de smartphones l’ouvrent quotidiennement. Le temps passé sur ces messageries a bondi de plus de 20 % en quatre ans, un vase communicant parfait avec le déclin des réseaux sociaux.


Les usages sont clairs : on fuit l’agora publique pour des conversations choisies, des groupes restreints, des échanges basés sur la confiance et le contrôle.


Ilana

C’est donc aussi une question de confiance et de quête d’authenticité ?


Stéphane

Complètement. C’est une réaction épidermique à dix ans de surexposition. Les utilisateurs fuient l’arène publique algorithmique, perçue comme toxique et anxiogène, pour se réfugier dans des espaces plus sûrs, plus calmes, moins intrusifs. En 2025, près de 65 % des internautes européens déclarent préférer échanger de l’information via des messageries plutôt que sur des fils d’actualité ouverts. C’est la victoire de la sphère privée.


Deuxième bascule : le smartphone est devenu un véritable terminal de productivité.


Aujourd’hui, plus de 70 % des actifs utilisent leur smartphone pour des tâches professionnelles. Pour beaucoup, le smartphone n’est plus un second écran, c’est l’écran principal qui remplace l’ordinateur.


Ilana


Donc le téléphone n’est plus seulement un outil de distraction ?


Stéphane

Oui Ilana.. Il est loin le temps où le mobile n’était juste qu’un téléphone. Il est passé depuis à une machine à perdre du temps à une machine à en gagner.


Pour illustrer cela, le troisième facteur clé en 2025, et c’est le plus récent : l’IA conversationnelle.


Une part croissante du temps autrefois dédié aux réseaux sociaux est désormais absorbée par des assistants intelligents qui fournissent des réponses directes et synthétiques. Chez les 18–34 ans, près de 40 % des recherches d’information courante (une recette, un conseil, une date) passent désormais par des outils comme ChatGPT, Perplexity ou Gemini, plutôt que par les réseaux sociaux ou même les simples recherches sur Google.


Ilana

Et tout ça change le rôle des réseaux ?


Stéphane

Les réseaux ne sont plus au centre de la quête de sens ou de connaissance. Ils redeviennent ce qu’ils étaient à l’origine : des plateformes de diffusion, de pur divertissement, parfois de confrontation, mais de moins en moins des lieux de création de valeur durable.


La conséquence directe : comme le temps d’attention se raréfie, la compétition pour le capter devient absolument brutale. Pour retenir un utilisateur qui s’ennuie, les algorithmes n’ont pas le choix : ils doivent pousser des contenus toujours plus extrêmes, plus émotionnels, plus polarisants. C’est une pure logique mathématique de survie commerciale. Et face à cela, on voit déjà pour 2026 des plateformes comme LinkedIn et Instagram tenter de changer leur fusil d'épaule et se TikTokiser, en ajustant leurs algorithmes pour, soi-disant, favoriser les contenus plus personnels et authentiques, au détriment de la portée virale des contenus. Un virage difficile qui montre bien leur prise de conscience vers ces nouveaux usages.


A la semaine prochaine !