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L'IA va-t-elle voler nos emplois ?

2026-01-12 4:30Saison S6 · Épisode 20

S06E20 – Radio J – Chronique Tech

L'IA va-t-elle voler nos emplois ?


Ilana : Bonjour Stéphane. L’intelligence artificielle, on en parle presque toutes les semaines sur cette antenne. La question qui brûle toutes les lèvres est simple : l’IA va-t-elle nous prendre notre travail ? Cette peur du “grand remplacement” technologique a été ravivée récemment par une étude de Microsoft, très partagée sur les réseaux sociaux, qui liste les métiers les plus exposés.


Bonjour Ilana, bonjour à toutes et à tous.

Le réflexe sain, c’est d’abord de décoder ce que mesure vraiment cette étude. Microsoft ne dit pas “ces métiers vont disparaître demain”. Ils ont analysé environ 200 000 conversations anonymisées avec Bing Copilot pour voir deux choses : sur quelles activités les gens demandent de l’aide, et ce que l’IA arrive réellement à produire. Résultat : tout ce qui relève des mots, de l’information, de la synthèse, de la rédaction… remonte en tête.


Et là, oui, le classement frappe : les interprètes et traducteurs sont tout en haut, avec un niveau de tâches réalisées par les humains très élevé, souvent résumé à 98%. On trouve aussi des historiens, des auteurs, des journalistes, des métiers du service client, des télévendeurs, des agents de voyage… et détail savoureux pour une radio : “broadcast announcers and radio DJs” apparaissent également dans la liste des métiers très exposés.


Maintenant, si on mélange ça, avec ce que nous trouvons comme autres études sur Internet, on obtient le “top 10 des métiers qui vont disparaître d’ici 2030” : opérateurs de saisie, caissiers, téléprospection, agents de voyage, tâches de comptabilité basique… Cette liste n’est pas absurde : elle décrit surtout des postes où les tâches sont répétitives, standardisées, et où une IA + un workflow peuvent remplacer une grande partie de la production.


Ilana (Relance 1) : C’est vertigineux. Est-ce que ça veut dire que des pans entiers des services sont menacés, au point de s’effondrer ?


Menacés de transformation, oui. D’effondrement, non. Parce que le mot-clé, c’est celui que les études sérieuses répètent toutes : exposition ne veut pas dire disparition.

Deux garde-fous.


Premier garde-fou : une partie du travail “exposé” n’est pas automatisable dans le réel, à cause du contexte, des responsabilités, du relationnel, du risque juridique, ou simplement parce que l’organisation n’est pas prête.


Deuxième garde-fou : même quand on peut automatiser, on ne le fait pas forcément à 100%. McKinsey, dans un rapport publié le 25 novembre 2025, estime qu’avec les technologies déjà disponibles, on pourrait automatiser en théorie environ 57% des heures de travail actuelles aux États-Unis. “En théorie”, c’est important : ça ne veut pas dire 57% de chômeurs, ça veut dire 57% d’heures potentiellement reconfigurables.


Concrètement, dans les services, l’IA avale d’abord le “niveau 1” : tri, réponses standard, comptes rendus, préparation de dossiers, extraction d’information. Et l’humain est déplacé vers ce qui reste difficile : arbitrer, gérer une situation tendue, convaincre, assumer une décision.


Ilana (Relance 2) : D’accord, mais le public veut une réponse simple : est-ce qu’on détruit plus d’emplois qu’on en crée ?


La meilleure boussole chiffrée, ce n’est pas un carrousel, c’est le World Economic Forum. Dans son Future of Jobs Report 2025, publié le 7 janvier 2025, il projette d’ici 2030 : 170 millions de nouveaux emplois créés, 92 millions déplacés ou supprimés, soit un solde net de +78 millions. Ça ne nie pas la casse, ça dit juste que le marché du travail se recompose au lieu de s’éteindre.


Et l’autre nuance importante, c’est la répartition : les gains et les pertes ne tombent pas au même endroit. L’OCDE, en étudiant ce qui s’est passé dans le passé sur des métiers à risque d’automatisation, montre qu’on ne voit pas forcément de destruction nette au niveau “macro”, mais on observe une croissance nettement plus faible dans les emplois à haut risque que dans ceux à faible risque.


Ilana (Relance 3) : Donc, pour ceux qui nous écoutent et qui se reconnaissent dans les métiers “à risque”, qu’est-ce qu’ils font, concrètement ?


Trois mouvements simples.


Un : arrêter de raisonner “métier”, et raisonner “tâches”. Dans votre poste, qu’est-ce qui est répétitif, procédural, standardisable ? C’est la première zone où l’IA va entrer.


Deux : monter en valeur sur ce que l’IA fait mal : jugement, responsabilité, négociation, coordination humaine, compréhension fine d’un contexte, sens du risque. C’est là que l’humain devient plus cher, pas moins.


Trois : apprendre la compétence transversale de 2026 : piloter l’IA. Savoir briefer, vérifier, corriger, documenter. L’IA est très forte pour produire vite, elle n’est pas fiable par défaut. Celui qui sait la diriger devient plus productif. Celui qui ne sait pas la diriger subit.


Conclusion : non, l’IA n’arrive pas comme une vague unique qui “vole” les emplois. Elle arrive comme une réorganisation industrielle du travail. La question n’est plus “est-ce que mon métier disparaît ?” La question, c’est “quelles tâches de mon métier changent, et à quelle vitesse ?”


A la semaine prochaine !