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Mon prochain collègue sera-t-il un robot ?

2025-12-29 4:30Saison S6 · Épisode 18

S06E18 – Radio J – Chronique Tech

Mon prochain collègue sera-t-il un robot ? L'invasion des humanoïdes au CES 2026


Ilana : Bonjour Stéphane ! Cette semaine, vous nous emmenez au CES de Las Vegas, le plus grand salon mondial de la technologie, qui vient de fermer ses portes. Et apparemment, les robots étaient partout cette année. On va bientôt avoir des collègues en métal ?


Bonjour Ilana, bonjour à toutes et à tous !


Imaginez un instant votre lieu de travail. Maintenant, imaginez qu'à côté de vous, à la machine à café, se trouve non pas votre collègue habituel, mais un robot humanoïde de 1m80, qui vous demande comment s'est passé votre week-end. Science-fiction ? Plus pour très longtemps. C'est la grande leçon du CES de Las Vegas qui vient de fermer ses portes : après l'IA dans nos téléphones, préparez-vous à l'IA sur deux jambes.


Le grand mot à la mode cette année, c'était l'« IA Physique ». L'idée est simple : faire sortir l'intelligence artificielle de nos écrans pour la mettre dans des corps mécaniques qui peuvent interagir avec notre monde. Et les exemples étaient partout.


On a vu des robots industriels, bien sûr. Le nouveau robot Atlas de Boston Dynamics, par exemple, a fait une démonstration impressionnante. Fini le robot un peu pataud qu'on voyait dans des vidéos virales. La nouvelle version, destinée aux usines Hyundai, est plus fine, plus agile, avec des mains capables de saisir des objets avec une dextérité quasi-humaine. Quand on voit les vidéos de ce robot on se pose la question : quel travailleur humain est capable de faire ça ? En travaillant 24h/24 sans cotisations sociales, sans se plaindre, sans grèves ? Ces robots Atlas de Boston Dynamics vont encore progresser avec le partenariat avec la filiale de Google, DeepMind qui alimentera leur cerveau. On parle de le déployer sur des tâches répétitives ou dangereuses. L'objectif n'est plus de remplacer l'humain, mais de travailler avec lui.


Mais la vraie nouveauté, c'est l'arrivée en force des robots dans des secteurs beaucoup moins attendus.


Ilana : Justement, on a l'impression que jusqu'ici, les robots étaient cantonnés aux usines ou aux entrepôts. Qu'est-ce qui a changé cette année ?


C'est exactement ça. Le changement, c'est que ces robots ne sont plus seulement des gros bras, ils ont aussi un cerveau. Grâce aux progrès fulgurants de l'IA, ils peuvent comprendre le langage naturel, analyser une situation et prendre des décisions.


Prenez le robot CLOiD de LG. C'est un robot domestique, mais avec des ambitions de majordome. Au CES, on l'a vu aller chercher une brique de lait dans le frigo, mettre un croissant au four, et même… plier le linge ! Il a deux bras articulés, des roues pour se déplacer, et une tête avec des yeux qui peuvent exprimer des émotions. LG parle d'une « maison sans travail ». On n'y est pas encore, mais la direction est claire : le robot devient un assistant personnel, un collègue de vie. Imaginez Ilana, qu’il vous aide à préparer vos enfants pour aller à l’école ou même cuisiner votre Pkaila ou Dafina pour votre repas de Shabbat.


Et ça va plus loin. On a vu des robots barmen, des robots compagnons pour personnes âgées, et même des robots qui jouent au ping-pong de manière autonome. La Chine était très présente avec des entreprises comme Unitree Robotics qui proposent des humanoïdes à des prix de plus en plus abordables.


Ilana : Cette vision d'un monde où l'on collabore avec des robots, est-ce que c'est un progrès ou une menace pour l'emploi ? On a beaucoup parlé de l'IA qui vole nos jobs, est-ce que là, ça devient concret ?


C'est la grande question, et le discours des entreprises a beaucoup évolué. Il y a quelques années, on était dans le fantasme du « grand remplacement » par les machines. Aujourd'hui, le mot d'ordre, c'est la « collaboration ». L'idée est de laisser aux robots les tâches pénibles, répétitives ou dangereuses – les fameux 3D en anglais : dull, dirty, dangerous.


Jensen Huang, le patron de Nvidia, qui est un peu le grand gourou de l'IA, l'a très bien résumé. Il a dit que les robots seront « l'incarnation physique de l'IA » et que bientôt, tout le monde pourra programmer un robot comme on utilise un ordinateur aujourd'hui. L'idée est de nous augmenter, pas de nous remplacer. Un ouvrier sur un chantier pourrait avoir un collègue robot qui porte les charges lourdes. Une infirmière pourrait être assistée par un robot qui apporte les médicaments aux patients.


Bien sûr, le risque de destruction d'emplois existe, surtout pour les postes les moins qualifiés. Mais ce que le CES nous montre, c'est que de nouveaux métiers vont apparaître : superviseur de flotte de robots, réparateur d'androïdes, éducateur d'IA… La transition sera complexe, et elle doit être accompagnée. Mais ce qui est certain, c'est que la question n'est plus si on travaillera avec des robots, mais quand et comment.


Et à voir la vitesse à laquelle les choses évoluent, ce « quand » est beaucoup plus proche qu'on ne l'imagine.


A la semaine prochaine !