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L’avenir appartient-il aux plombiers… ou aux machines ?

2025-09-29 4:30Saison S6 · Épisode 5

S06E05 – Radio J – Chronique Tech


L’avenir appartient-il aux plombiers… ou aux machines ?


Kevin Derblum: Aujourd’hui, on parle d’avenir, de travail, et d’un débat qui secoue autant le monde de l’éducation que celui de la tech.

Selon certains experts, le futur appartiendrait… aux plombiers et aux électriciens !

Et selon d’autres, il ne sert même plus à rien d’étudier.

Alors, qui croire ? Faut-il troquer la fac contre la clé à molette ?


Tout est parti d’une phrase devenue virale. Jensen Huang, le PDG de Nvidia, l’entreprise qui alimente la révolution de l’intelligence artificielle, a déclaré que “la prochaine génération de millionnaires sera composée de plombiers et d’électriciens.”

Pourquoi ? Parce que l’intelligence artificielle, pour exister, a besoin d’une infrastructure colossale : des centres de données à construire, câbler, refroidir, entretenir.

Et pour cela, on ne cherche pas des codeurs, mais des techniciens, des artisans, des spécialistes de terrain.


Kevin Derblum: Donc ce sont les métiers manuels qui profitent de l’intelligence artificielle ?


Oui, au moins dans l’immédiat.

C’est un paradoxe : la révolution numérique redonne de la valeur à des métiers qu’on disait “classiques”.

Nvidia investit déjà 100 milliards de dollars dans ces infrastructures, et le marché pourrait peser plusieurs milliers de milliards d’ici 2030.

Une nouvelle ruée vers l’or — mais cette fois, les pépites, ce sont les câbles et les tuyaux.


Mais cette vision optimiste ne raconte qu’une partie de l’histoire.

Pendant que les métiers techniques reviennent sur le devant de la scène, d’autres professions, qu’on croyait protégées, sont frappées de plein fouet par l’intelligence artificielle.


Kevin Derblum: Les fameux “cols blancs”, les métiers intellectuels ?


Exactement.

Une étude d’OpenAI, baptisée GDPVal, a analysé 44 professions en mesurant ce qu’une IA est capable d’accomplir dans la vie réelle.

Le résultat est saisissant : les plus exposés ne sont pas les ouvriers, mais les psychologues, ingénieurs, enseignants, journalistes, avocats, pharmaciens, analystes financiers…

Des métiers qu’on croyait “intouchables”.


L’étude estime que 80 % des travailleurs verront au moins 10 % de leurs tâches automatisées, et pour 20 % d’entre eux, c’est plus de la moitié du travail qui pourrait l’être.

Une étude de Microsoft arrive aux mêmes conclusions : même des professions comme historiens, politologues ou écrivains sont désormais vulnérables.

Bref : aucune forteresse intellectuelle n’est imprenable.


Mais attention, ce n’est pas une opposition entre travail manuel et intellectuel.

La vraie ligne de fracture, aujourd’hui, se situe entre les tâches codifiables et non codifiables.

Autrement dit : tout ce qui peut être décrit, structuré ou automatisé, qu’il soit physique ou cérébral, est à la merci de l’IA.


Kevin Derblum: Donc, la question n’est pas “quel métier”, mais “quelle part du métier” survivra ?


C’est ça oui.

Comme le dit une phrase qu’on entend déjà chez les avocats :


“L’IA ne remplacera pas les avocats, mais elle remplacera les avocats qui ne l’utilisent pas.”


C’est toute la nuance.

L’intelligence artificielle ne supprime pas les professions, elle recompose la façon de les exercer.

Les tâches répétitives, les analyses standardisées, la production de contenu seront automatisées.

Mais l’humain restera indispensable pour ce que la machine ne sait pas faire : la stratégie, la créativité, la négociation, l’intelligence émotionnelle.


Kevin Derblum: Et c’est là que revient le fameux livre de Laurent Alexandre, non ?


Oui, exactement. Laurent Alexandre, le médecin devenu futurologue, vient de publier avec l’économiste Olivier Babeau un ouvrage au titre volontairement provocateur : “Ne faites plus d’études.”

Leur message, ce n’est pas qu’il faut arrêter d’apprendre, mais qu’il faut apprendre autrement.

Les diplômes figés ne protègent plus sur vingt ans.

Il faut passer d’un savoir stocké à un savoir vivant, qu’on actualise sans cesse.


Et surtout, il faut cultiver ce que la machine ne peut pas imiter : la relation, la confiance, l’intuition humaine.

En clair, dans un monde d’algorithmes, la vraie différence, c’est nous.


Kevin Derblum: Mais alors, concrètement, qu'est-ce qu'on fait ? On devient plombier en attendant que les robots nous remplacent ?


C'est la question du moment. La vision de Jensen Huang, c'est une opportunité à court et moyen terme : pendant dix, quinze ans peut-être, les métiers de la construction et de la maintenance d'infrastructures vont exploser. C'est une fenêtre réelle, tangible, pour ceux qui veulent se former maintenant.


Mais Laurent Alexandre nous rappelle une vérité plus dérangeante : à long terme, même ces métiers manuels seront touchés. Il affirme que d'ici 2031 — oui, dans seulement six ans — l'IA pourrait dépasser le cerveau humain dans la plupart des domaines. Et que bientôt, "les robots ouvriers auront les mêmes compétences qu'un polytechnicien".


Alors oui, il y a un paradoxe. Mais ce paradoxe nous dit quelque chose d'essentiel : l'avenir n'appartient ni aux plombiers, ni aux ingénieurs, ni aux avocats. Il appartient à ceux qui sauront s'adapter, apprendre en continu, et surtout, rester profondément humains. Parce que dans un monde saturé d'intelligence artificielle, ce qui fera la différence, ce sera notre capacité à créer du lien, à inspirer confiance, à faire preuve d'empathie.


A la semaine prochaine !