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82% de haine : l'antisémitisme roi des réseaux

2025-09-15 4:30Saison S6 · Épisode 3

S06 E03 - RadioJ - Chronique Tech -

82% de haine : l'antisémitisme roi des réseaux


Rudy : L’antisémitisme explose sur les réseaux sociaux… Stéphane, que sait-on vraiment des chiffres et que propose la France pour y répondre ?


Bonjour Rudy, bonjour à toutes et à tous. Cette semaine, un chiffre a fait froid dans le dos : selon le CAM, le Combat AntiSemitism Movement, sur X, l’ex Twitter, 82 % des posts contenant le mot “Jew” dans une fenêtre de dix minutes contenaient des propos antisémites. Insultes, stéréotypes, appels à la haine… C’est énorme, même si l’échantillon est limité à cent messages. Mais ça veut dire qu’un adolescent qui tape ce mot par curiosité a huit chances sur dix de tomber sur de la haine.


Rudy : Et sur les autres plateformes comme TikTok, Instagram, YouTube ou Facebook ?


Le problème est général. Sur TikTok, c’est l’algorithme qui pose problème. Le fameux fil “Pour toi”, présenté comme personnalisé, est en réalité un poison : si un jeune s’arrête sur une vidéo complotiste ou haineuse, même par curiosité, il est ensuite inondé de contenus du même type. On a vu la même mécanique avec des sujets liés à l’autodestruction : il suffit d’un clic pour se retrouver enfermé dans une spirale. Instagram et Facebook sont un peu plus réactifs, mais l’antisémitisme circule aussi, notamment via des détournements de mots ou d’émojis. Sur WhatsApp les groupes explosent de haines comme cette question posée dans un groupe d’étudiants de la Sorbonne : "Les Juifs : pour ou contre ?" Antisémitisme décomplexé à Paris 1 Et YouTube reste le plus inquiétant : à peine un tiers des vidéos niant ou déformant la Shoah sont retirées, et près d’un quart des vidéos antisémites identifiées étaient encore monétisées par la publicité. Autrement dit, certaines formes de haine rapportent de l’argent.


Rudy : Donc l’exposition est bien réelle, surtout chez les jeunes ?


Oui, et c’est ça le cœur du problème. En Europe comme aux États-Unis, une majorité de Juifs disent avoir été exposés à de la haine en ligne. Et pour les adolescents, l’impact est énorme. Au Royaume-Uni, neuf jeunes sur dix utilisent YouTube, et les rapports officiels montrent qu’ils tombent régulièrement sur des contenus nocifs. Le danger n’est pas seulement la proportion brute de messages antisémites : c’est leur visibilité et leur viralité. Quelques centaines de comptes radicaux suffisent à créer une impression massive et à influencer des millions d’utilisateurs.


Rudy : Et la France, que veut-elle faire concrètement ?


Le rapport parlementaire sur TikTok propose des mesures radicales : interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, et pour les 15–18 ans instaurer un couvre-feu numérique, plus d’accès entre 22 h et 8 h. Les députés parlent même d’un “délit de négligence numérique” pour sanctionner certains parents, et menacent d’étendre l’interdiction jusqu’à 18 ans si rien ne change d’ici trois ans. Le vrai obstacle, c’est la vérification d’âge : techniquement possible mais compliquée à appliquer à l’échelle européenne. On a déjà une loi de 2023 qui exigeait une autorisation parentale pour les moins de 15 ans, mais elle n’a jamais été appliquée pour cette raison.


Alors, au-delà des lois, pour changer les choses, il faut aussi agir par la culture et l’éducation. Plusieurs livres s’attaquent frontalement à l’antisémitisme. Je pense à Nora Bussigny, qui a analysé dans son livre Les Nouveaux Antisémites qui sort cette semaine, ce phénomène, et aux parutions attendues pour début octobre “C d’Amanda Sthers” et “J’ai Perdu un Bédouin dans Paris” d’Arthur Essebag, qui vont mettre le sujet au cœur du débat public. Lire, comprendre, débattre : c’est une autre façon de sensibiliser et de briser les préjugés.


L’antisémitisme en ligne n’est pas résiduel, il est visible, amplifié, parfois même rémunéré. La France veut serrer la vis avec des interdictions et des couvre-feux, mais tout dépendra de l’application réelle. Et surtout, ce combat ne se gagnera pas uniquement par des lois : il se jouera aussi dans nos familles, dans nos écoles, dans nos librairies, dans nos médias. C’est un effort collectif, et il est urgent. Ce qui est certain, c’est que le statu quo n’est plus possible.


A la semaine prochaine !