Radio JEt si l’IA gagnait un oscar
Radio J S01E03 -
Et si un film créé avec de l’IA gagnait un Oscar
Bonjour à toutes et à tous,
Aujourd’hui, je vous emmène à Hollywood. Ou plutôt dans les coulisses d’Hollywood, là où on réécrit discrètement les règles du jeu. Car depuis quelques jours, une décision de l’Académie des Oscars pourrait bien changer la manière dont on conçoit – et récompense – les films.
Je vous la fais courte : les films utilisant l’intelligence artificielle pourront désormais prétendre à une nomination. Oui, c’est nouveau. Jusqu’ici, on disait plutôt : « l’IA ? Merci, mais non merci ». Désormais, c’est : « OK, mais à condition qu’un humain reste aux commandes ».
Ilana : Concrètement, qu’est-ce qui change dans les règles des Oscars ?
Eh bien, ce qui change, c’est que l’Académie reconnaît que l’intelligence artificielle fait partie des outils de création d’aujourd’hui. Un scénario coécrit avec ChatGPT ? Pourquoi pas. Une scène générée en image de synthèse grâce à des modèles d’IA ? C’est envisageable. Une voix retravaillée ou même un visage recréé numériquement ? Tant qu’un humain supervise, dirige, ajuste… c’est admissible.
Autrement dit : tant qu’on ne laisse pas l’IA écrire, réaliser, monter, et jouer toute seule… on reste dans les clous. Mais vous sentez le glissement, non ? On entre doucement dans une ère de cinéma hybride, entre création humaine et assistance algorithmique.
Et cette évolution, elle ne tombe pas du ciel. Elle arrive dans un contexte tendu : après la grève des scénaristes, qui ont justement tiré la sonnette d’alarme sur l’utilisation de l’IA dans l’écriture ; après aussi les expérimentations des studios, qui cherchent à produire plus vite, moins cher… et parfois sans passer par la case humain.
Ilana : Est-ce que ça veut dire que demain, on verra un film 100 % IA recevoir une statuette ?
Pas encore. Et peut-être jamais, du moins pas avec les règles actuelles. L’Académie insiste : seul un être humain peut recevoir un Oscar. L’IA, elle, peut assister, suggérer, illustrer… mais elle ne peut pas signer. Pour le moment, pas de robot sur scène à la cérémonie. Pas de discours généré automatiquement non plus – quoique, certains l’ont peut-être déjà fait.
Mais cette ouverture soulève des questions vertigineuses : qu’est-ce qu’une œuvre originale, à l’heure où l’IA peut synthétiser des styles, recomposer des images, imiter des voix ? À qui appartiennent les droits d’un film co-conçu avec une machine ? Et surtout, comment garantir que la création reste un espace d’expression humaine, et pas juste un produit calibré par un algorithme ?
Alors oui, dans les prochaines années, on verra peut-être un film touchant, poignant, intelligent… conçu en partie par une IA… repartir avec une statuette dorée. Et ce jour-là, il faudra surtout saluer le talent de l’équipe humaine derrière l’outil.
Parce qu’au fond, ce n’est pas la technologie qui fait un bon film, c’est ce qu’on en fait. Ce n’est pas l’IA qui crée l’émotion, c’est l’intention derrière l’écran.
Et puis entre nous, si l’IA peut un jour nous éviter deux ou trois navets en salles chaque année, ce sera déjà un petit miracle.
À la semaine prochaine.