Radio JMeta entre intelligence artificielle et tempête judiciaire
RadioJ S01E02
Meta, entre intelligence artificielle et tempête judiciaire
Imaginez un monde sans WhatsApp et Instagram, une amie me répondit à ça : « J’aurais une meilleure vie j’en suis sûre ». C’est une semaine décisive pour Meta, qui se retrouve à la croisée des chemins entre innovation technologique et tempête judiciaire. D’un côté, Meta déploie à grande échelle son assistant virtuel Meta AI, de l’autre, Mark Zuckerberg doit défendre son empire devant la justice américaine, accusé d’avoir étouffé la concurrence lors des rachats d’Instagram et WhatsApp.
Ilana : Commençons, Stéphane, par la nouveauté qui va impacter des millions d’utilisateurs européens : l’arrivée de Meta AI dans Facebook, Instagram, Messenger et WhatsApp
Si vous avez remarqué un petit cercle multicolore dans vos conversations, c’est lui ! Meta AI, c’est l’assistant intelligent qui promet de répondre à toutes vos questions, de rédiger des messages, de vous conseiller en temps réel, et même de vous recommander la meilleure baguette de Paris. Mais pour rendre son IA plus performante, Meta va collecter les posts et commentaires publics de ses utilisateurs européens – à l’exception des messages privés et des données des mineurs. Une notification va bientôt apparaître sur vos applications, vous permettant de refuser cette collecte. Meta insiste sur la transparence de sa démarche, se disant plus respectueux que ses concurrents, et assure que cette collecte “vise à mieux comprendre les subtilités culturelles et linguistiques de chaque pays européen”.
Mais cette avancée technologique s’accompagne de questions sur la confidentialité et la sécurité des données. Meta rappelle que l’IA n’accède qu’aux messages explicitement partagés avec elle, et que l’utilisateur garde le contrôle en invitant Meta AI dans ses conversations via la mention @Meta AI. Malgré tout, la vigilance reste de mise : il est conseillé de ne jamais partager d’informations sensibles avec l’assistant, et de bien comprendre les limites de cette nouvelle technologie.
Ilana : Pendant que Meta vante les mérites de son assistant intelligent, une autre actualité secoue la Silicon Valley : l’ouverture du procès antitrust à Washington.
La Federal Trade Commission, la FTC, accuse en effet Meta d’avoir abusé de sa position dominante en rachetant Instagram en 2012 et WhatsApp en 2014, pour « éliminer la concurrence ». Mark Zuckerberg, appelé à la barre dès le premier jour, doit justifier ces acquisitions, alors même que des e-mails internes révèlent une stratégie assumée de « buy or bury » : acheter ou enterrer toute start-up menaçante. Pour la FTC, Meta a ainsi verrouillé le marché des « réseaux sociaux personnels », empêchant l’émergence de nouveaux acteurs et privant les consommateurs de choix réels.
La défense de Meta, elle, s’appuie sur deux arguments : d’abord, ces rachats ont permis à Instagram et WhatsApp de devenir des géants mondiaux grâce aux investissements de Meta ; ensuite, le marché des réseaux sociaux serait bien plus vaste que ne le prétend la FTC, avec des concurrents comme TikTok, YouTube ou même iMessage d’Apple.
L’enjeu du procès est colossal : si Meta perd, il pourrait être contraint de se séparer d’Instagram et WhatsApp, ce qui bouleverserait son modèle économique basé sur la publicité et l’accès à 3,3 milliards d’utilisateurs quotidiens. Ce serait un séisme pour l’écosystème numérique mondial, et un signal fort envoyé à tous les géants de la tech.
Mais hier, l’audience a pris un tournant décisif. Mark Zuckerberg, lors de son deuxième jour de témoignage, a fait une concession clé : il a reconnu avoir racheté Instagram parce que l’application disposait d’une caméra bien meilleure que celle que Facebook tentait alors de développer. « Nous faisions une analyse build vs buy », a-t-il expliqué, admettant que l’équipe de Facebook avait échoué à créer une application photo convaincante, et qu’Instagram était tout simplement en avance. Cette déclaration renforce la thèse de la FTC, qui accuse Meta d’avoir systématiquement préféré acheter ses concurrents plutôt que d’innover pour les dépasser.
Zuckerberg a également reconnu que la plupart des tentatives de Meta pour lancer de nouvelles applications avaient échoué : « Construire une nouvelle application, c’est difficile, et la plupart du temps, ça ne marche pas », a-t-il déclaré devant la cour. Cette franchise, si elle humanise le patron de Meta, alimente aussi l’argument des régulateurs : Meta aurait ainsi pris l’habitude de racheter les innovations qui lui échappaient, plutôt que de risquer de se faire dépasser.
Les avocats de la FTC ont ressorti des e-mails internes, dont un fameux message de 2008 où Zuckerberg écrivait déjà : « Il vaut mieux acheter que concurrencer. » D’autres échanges montrent que l’acquisition d’Instagram était vue comme un moyen de « neutraliser » une menace grandissante, Instagram étant alors en pleine ascension sur mobile. En 2022, Zuckerberg évoqua même, voyant la menace de ce procès de ni plus ni moins remettre à zéro nos listes d’amis sur Facebook pour minimiser l’importance des fonctionnalités sociales de ce réseau. Bref cela sentait déjà la panique à bord.
En coulisses, Mark Zuckerberg a multiplié les efforts pour influencer la sphère politique, espérant un assouplissement de la régulation avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Mais la FTC, désormais dirigée par Andrew Ferguson, affiche sa détermination à ne pas laisser émerger un nouveau monopole, quelle que soit la couleur politique de l’administration.
Entre avancées technologiques et bataille judiciaire, Meta joue son avenir sur tous les fronts. L’issue de ce procès pourrait bien redéfinir la place des géants de la tech dans nos vies numériques, et la façon dont l’innovation s’impose – par la création, ou par l’acquisition..