Radio JLa chute des Mollah ou la première guerre algorithmique
S06E25 – Radio J – Chronique Tech
La chute des Mollah ou la première guerre algorithmique
RUDY SAADA — INTRO
Stéphane, la nouvelle est tombée ce week-end : le Guide Suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, est mort. Et pendant que le pays vacille, une guerre technologique et informationnelle fait rage sur tous les fronts. Des agents israéliens qui géolocalisent des généraux via des plombages dentaires. Une IA américaine qui planifie des frappes. Et dimanche soir — des chaînes de télévision iraniennes piratées pour diffuser les discours de Netanyahu et Trump appelant les Iraniens à se soulever. C'est un scénario de science-fiction qui devient réalité. Par où commence-t-on ?
STÉPHANE
On commence par le cœur du réacteur, Rudy : la mort d'un tyran ne change pas la nature de la guerre moderne — elle l'accélère. Et ce qui s'est passé dimanche soir sur les écrans iraniens en est la preuve vivante.
Imaginez : vous êtes en Iran, le régime vient de vous couper internet. Et soudain, les chaînes de télévision nationales se font pirater en direct. C'est une opération de guerre informationnelle d'une sophistication redoutable.
Mais ce n'est que la surface. Sous l'eau, il y a le paradoxe le plus stupéfiant : Trump ordonne de cesser d'utiliser les outils d'Anthropic — et quelques heures plus tard, le Commandement central américain, l'USCENTCOM, utilise précisément leur IA, Claude, pour planifier les frappes sur l'Iran. Ce n'est pas une fuite, ce n'est pas un accident — c'est la révélation de à quel point l'IA est déjà enfouie dans les rouages militaires. Ce n'est même pas la première fois : cette même IA Claude avait déjà été utilisée lors de l'opération ayant abouti à la capture du Président Maduro au Venezuela.
Alors pourquoi Trump a-t-il banni Anthropic ? Parce qu'Anthropic a refusé. Refusé d'autoriser ses systèmes pour la surveillance de masse. Refusé de permettre que Claude soit utilisé pour des armes autonomes. C'est une ligne rouge qu'Anthropic a tracé. Et cette intégrité leur a coûté leur contrat gouvernemental.
Ce que ça révèle, c'est une rupture dans l'histoire de la guerre moderne. Pour la première fois, une intelligence artificielle commerciale — la même que vous pouvez utiliser sur votre ordinateur — a participé à l'analyse de cibles militaires réelles, en temps réel, lors d'une opération de guerre. On a franchi un seuil. Et on ne reviendra pas en arrière.
Et côté israélien, cette rupture a commencé bien plus tôt — avec comme grand moment l’opération des beepers au Liban l’année dernière ou pour cette opération ce week-end, avec les plombages dentaires qui ont pu transformer le corps humain lui-même en émetteur GPS. Ainsi quarante commandants iraniens ont pu être géolocalisés en temps réel et être éliminés en une minute.
RUDY SAADA — RELANCE 1
Anthropic refuse les armes autonomes — mais son IA est quand même utilisée pour la guerre. Et maintenant, ils sont remplacés ?
STÉPHANE
C'est la tension fondamentale de toute l'industrie de l'IA, Rudy. Et Anthropic incarne ce dilemme. Leur position est nuancée : ils acceptent que l'IA aide à analyser du renseignement, mais refusent que Claude décide seul de qui frapper. C'est la frontière entre l'outil d'aide et l'arme autonome.
Mais le Pentagone ne peut plus se passer de ces outils. La preuve : le secrétaire à la Défense a déclaré qu'Anthropic continuerait de fournir ses services pendant six mois, pour assurer une "transition en douceur". Et qui va les remplacer ? OpenAI, la société derrière ChatGPT, qui a déjà signé un accord avec le Pentagone. La Silicon Valley est désormais indissociable de la machine de guerre américaine.
Le problème, c'est que cette frontière devient de plus en plus floue sur un terrain de guerre réel. Quand une IA analyse une cible, simule l'option C, et indique « risque collatéral faible, boucle de décision opérationnelle : 1,2 minutes » comme nous avons pu voir sur certaines captures d’écran — est-ce qu'un humain décide vraiment encore ? Ou valide-t-il simplement ce que la machine lui suggère ?
RUDY SAADA — RELANCE 2
Et pendant ce temps, à l'intérieur de l'Iran, le régime aussi mène sa guerre technologique — mais contre ses propres citoyens ?
STÉPHANE
Absolument. Et c'est l'autre face de cette guerre invisible.
Depuis le 8 janvier, l'Iran a imposé la coupure internet la plus sévère de son histoire. Pas un simple blocage de réseaux sociaux : une déconnexion totale. Le régime a construit un internet à deux vitesses — des SIM blanches pour l'élite, un intranet fermé et surveillé pour les 85 millions d'autres.
Ce système a été construit avec l'aide de la Russie et du chinois Huawei. Un axe Moscou-Pékin-Téhéran qui s'est soudé autour d'un objectif commun : rendre chaque État imperméable à l'information qui vient de l'extérieur.
Coût pour le régime : trente-cinq millions de dollars de pertes par jour. Ils ont choisi de se saigner plutôt que de laisser leurs citoyens communiquer.
RUDY SAADA — RELANCE 3
Il y a une résistance technologique possible face à tout ça ?
STÉPHANE — CONCLUSION
Oui — et elle vient littéralement de l'espace. Cinquante mille terminaux Starlink ont été introduits clandestinement en Iran. SpaceX les a rendus gratuits pour les Iraniens. Et le Congrès américain vient d'adopter une loi pour financer cet accès internet libre.
En résumé, l'Iran est en 2026 le laboratoire brutal de la guerre technologique de demain. L'IA d'Anthropic, bientôt remplacée par celle d'OpenAI, dans les salles de commandement américaines. Des dispositifs GPS dans des plombages pour géolocaliser des généraux. Des chaînes de télévision piratées pour parler au peuple. Et Starlink dans les caves pour que le peuple puisse encore parler au monde.
La technologie, n'est jamais neutre. Elle choisit un camp — ou plusieurs à la fois.
Rudy Saada : Merci Stéphane. À la semaine prochaine !