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L'IA au sommet de l'État : gouverner à l'ère des algorithmes

2026-02-18 4:48

S06E23 – Radio J – Chronique Tech

L’IA au sommet de l’État : gouverner à l’ère des algorithmes


Ilana :

Bonjour Stéphane. Ce matin, on parle d’un sujet stratégique : l’intelligence artificielle n’est plus seulement dans nos téléphones ou nos entreprises. Elle est au cœur des décisions d’État. Est-ce vraiment le cas ?


Stéphane :

Pas du tout Ilana. On est en train d’assister à un basculement silencieux ,comme c’est souvent le cas quand l’IA est impliquée, car on n’ose pas encore le dire vraiment qu’on utilise ces outils.

Savez vous, qu’aux États-Unis, un événement récent illustre l’intégration de l’intelligence artificielle dans les opérations d’État à un niveau inédit. Lors de l’opération américaine qui a abouti à la capture de l’ancien président vénézuélien Nicolas Maduro début janvier 2026, les forces armées ont utilisé un modèle d’IA développé par Anthropic, appelé Claude, pour traiter et analyser des masses de données en lien avec la mission, selon plusieurs rapports. Cela s’est fait via un partenariat avec Palantir Technologies, dont les plateformes sont déjà intégrées aux réseaux de renseignement et de défense américains. L’usage de Claude dans une opération militaire de cette nature — bien que les détails précis de son rôle ne soient pas publics et que la politique interne d’Anthropic limite l’IA pour des cas liés à la violence — met en lumière la manière dont les États appliquent désormais des modèles avancés d’IA pour orienter des décisions et des opérations stratégiques à très haut niveau.


Pendant longtemps, la décision publique reposait sur des rapports, des notes, des arbitrages humains. Aujourd’hui, elle repose de plus en plus sur des systèmes capables d’agréger des volumes massifs de données, de détecter des signaux faibles et de modéliser des scénarios.


On ne parle plus d’un simple outil d’aide. On parle d’architectures qui structurent la perception du réel.


Dans la gestion des frontières, la cybersécurité, la fiscalité, la santé publique, la planification énergétique ou militaire, l’IA sert à prioriser. Elle identifie ce qui est urgent, ce qui est risqué, ce qui mérite des ressources.


Autrement dit, elle influence l’ordre des priorités politiques.


Ilana :

Mais la décision reste humaine.


Stéphane :

Oui, formellement. Mais dans les faits, celui qui structure l’information structure déjà une partie du pouvoir.


Quand un système algorithmique classe des menaces, hiérarchise des risques terroristes ou modélise l’impact d’une crise économique, il oriente le débat en amont. Les responsables politiques arbitrent à partir d’un réel déjà filtré.


On entre dans l’ère du “data-driven government” : un État piloté par la donnée.


Les grandes puissances investissent massivement dans les infrastructures de calcul, les data centers, les modèles prédictifs. L’accès aux puces avancées, au cloud souverain, à la capacité de traitement devient un enjeu géopolitique majeur.


L’IA est désormais considérée comme un levier de puissance nationale.


Ilana :

Et dans ce paysage, certaines entreprises privées jouent un rôle clé.


Stéphane :

Exactement. Prenons le cas de Palantir Technologies.


Cette entreprise américaine développe des plateformes d’analyse utilisées par des gouvernements pour le renseignement, la lutte antiterroriste, la défense ou la gestion de crise. Son rôle n’est pas de décider à la place des États, mais de fusionner des données hétérogènes — financières, logistiques, sécuritaires — pour faire émerger des corrélations invisibles à l’œil humain.


En Israël, Palantir a renforcé sa coopération avec les autorités après le 7 octobre en mettant à disposition ses plateformes d’analyse pour la fusion de données issues du renseignement, des interceptions et des informations terrain. L’objectif : cartographier en temps réel les réseaux du Hamas, identifier des schémas logistiques, croiser données financières, communications et mouvements afin de prioriser les cibles et accélérer la boucle décisionnelle. Palantir a également annoncé l’ouverture d’un partenariat stratégique en Israël pour soutenir l’effort de guerre par ses capacités d’analyse prédictive et de structuration massive de données au service des Forces de défense israéliennes.


Ilana : On est en train de changer de modèle de gouvernance ?


Stéphane :

Oui d’une certaine manière.


L’État du XXe siècle reposait sur l’administration.

L’État du XXIe siècle repose sur la donnée.La décision ne disparaît pas. Mais elle s’appuie sur des systèmes prédictifs capables d’anticiper, de simuler, de classer.


L’intelligence artificielle n’est plus périphérique. Elle est devenue une couche invisible de la gouvernance.


Et la vraie question n’est pas technologique. Elle est politique : comment garantir que l’algorithme reste un outil d’aide, et non un acteur implicite du pouvoir.


A la semaine prochaine !