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New Tech - Colleagues who don't exist

2026-02-26

S06E26 - Judaica - Chronique New Tech -

Des collègues qui n’existent pas


Bonjour à toutes et à tous,


Imaginez une scène banale de bureau. On annonce l’arrivée de cinq nouveaux collègues au service marketing. Ils ont déjà leurs prénoms, leurs photos, et même une adresse e-mail. Sauf qu’ils ne passeront jamais la porte, ne prendront jamais un café, et ne seront jamais fatigués. Ils n’existent que dans l’ordinateur. C’est exactement ce que vient de faire un grand brasseur danois, Royal Unibrew, en intégrant cinq “collègues” générés par intelligence artificielle au cœur de son équipe.


Le plus intéressant, ce n’est pas l’IA. C’est le mot “collègues”. On n’est plus dans l’outil, on est dans la mise en scène de l’outil. Ces assistants ont des identités, des rôles, et interagissent avec les humains via la messagerie et l’e-mail, comme dans une vraie organisation. Ils s’appellent KondiKai, Athena, Prometheus, Møller et Ella.


Leur promesse est simple. Délester les humains de la partie routinière et de la chasse à l’information, pour laisser aux humains ce que la directrice marketing résume ainsi : créativité, empathie, connaissance des clients.


Et chaque “collègue” est spécialisé. Athena sert à la veille et à l’analyse marché, capable d’absorber des masses de documents hétérogènes et d’en sortir des synthèses actionnables. Prometheus fait de la modélisation et de la prévision à partir des ventes et des tendances. KondiKai protège la cohérence de marque et accélère les revues de contenus. Møller joue le sommelier bière-mets. Ella se concentre sur la performance commerciale, notamment côté hôtellerie-restauration.


Le détail qui devrait faire tiquer tout le monde est ailleurs : quand l’entreprise a ajouté une photo à ces agents, l’usage et l’engagement ont été multipliés par quatre. Autrement dit, l’apparence et le récit comptent autant que la performance technique. On parle d’adoption, de réflexes humains, d’anthropomorphisme assumé.


Ce modèle illustre la prochaine marche de l’IA en entreprise : des agents intégrés au flux de travail, avec une fonction précise, branchés sur les documents internes, les données, les rapports, et disponibles en continu. L’enjeu devient moins “parler à une IA” que “travailler avec une IA”.


Reste le point dur. Une responsable sur place le dit très clairement : tout ce qui sort de ces agents doit rester sous jugement humain, parce que ce sont des machines qui recombinent ce qu’on leur a donné. Et un chercheur souligne qu’on sait encore peu de choses sur les effets sociaux d’une équipe hybride, quand l’interlocuteur principal devient un agent et pas une personne.


Le vrai basculement n’est pas l’automatisation. C’est la normalisation d’un “staff fantôme”, présent partout, à la fois utile et psychologiquement influent. Et quand un outil commence à ressembler à un collègue, ce ne sont plus seulement les tâches qui changent. Ce sont les règles du bureau.


À la semaine prochaine !